Analyse critique des allĂ©gations de lâancien ministre des Finances Ă lâĂ©preuve des chiffres, de la cohĂ©rence et du principe de continuitĂ© de lâĂtat.
AprĂšs le Space animĂ© rĂ©cemment par Stany Bujakera, une guerre de positionnement semble sâinstaller entre lâancien ministre des Finances, Nicolas Kazadi et son successeur, Doudou Fwamba.
Dans ce brouillard dâallĂ©gations, de contre-vĂ©ritĂ©s et de rĂ©cits contradictoires, il est temps de revenir aux faits, aux chiffres et Ă la continuitĂ© de lâĂtat.
Mon objectif : que chacun puisse se faire une opinion factuelle.
Et surtout, comprendre pourquoi, dans ce duel de positionnement politique, les faits plaident davantage en faveur de Doudou Fwamba que du récit construit par son prédécesseur.
RĂFORME FISCALE : LA PATERNITĂ NE SUFFIT PAS.
Une rĂ©forme nâexiste vraiment que lorsquâelle produit des effets.
Alors que Nicholas Kazadi revendique lâIRPP comme lâune de ses grandes rĂ©formes.
TrĂšs bien.
Mais en politique publique, Ă©crire une rĂ©forme nâest pas la mĂȘme chose que la rendre opĂ©rationnelle. Une rĂ©forme qui reste dans les textes ne transforme pas un pays. Il faut lâappliquer, la financer, lâintĂ©grer Ă une stratĂ©gie et en assumer les consĂ©quences.
Initier nâest pas accomplir.
La continuitĂ© de lâĂtat appartient Ă la RĂ©publique, pas Ă un ministre.
EUROBOND : REFUSER NâEST PAS NĂCESSAIREMENT PRĂVOIR
Deux ministres, deux choix stratégiques !
Nicholas Kazadi affirme: « Nous pouvions Ă©mettre lâEurobond, mais nous avons refusĂ©. »
Câest votre choix. Votre successeur Doudou Fwamba, a fait le choix inverse. Il ne sâagit donc pas automatiquement dâune faute, mais dâune diffĂ©rence de stratĂ©gie et dâapproche de politique financiĂšre.
La vraie question est simple :
Quâa produit chaque stratĂ©gie ?
En économie, ce ne sont pas les intentions qui comptent le plus.
Ce sont les résultats.
Lâhistoire devra juger ce qui est restĂ© au stade de lâintention et ce qui a effectivement Ă©tĂ© mis en Ćuvre.
CROISSANCE : LES CONGOLAIS NE MANGENT PAS LES STATISTIQUES
La macroĂ©conomie doit finir dans le quotidien, dans lâassiette du peuple.
Nicholas Kazadi reconnait lui-mĂȘme que les performances macroĂ©conomiques ne se ressentent pas suffisamment dans la vie quotidienne.
Câest justement lĂ que se trouve le vĂ©ritable enjeu. Une croissance qui ne produit ni infrastructures, ni Ă©nergie, ni emplois, ni amĂ©lioration tangible du niveau de vie de la population reste une performance incomplĂšte. La construction des bureaux administratifs Ă plus de 400 millions USD nây change rien.
Les chiffres doivent finir par devenir des routes, de lâĂ©lectricitĂ©, des emplois et des services publics. Le dĂ©fi nâest donc pas seulement de stabiliser lâĂ©conomie.
Câest de transformer cette stabilitĂ© en prospĂ©ritĂ© visible pour tous.
DETTE : UNE DETTE NâEST PAS BONNE OU MAUVAISE SELON LE MINISTRE
Changeons de doctrine, pas de ministre.
Nicholas Kazadi, alerte sur la dette commerciale.
TrĂšs bien.
Mais appliquons la mĂȘme rĂšgle Ă tout le monde. Une dette se juge par son coĂ»t, sa maturitĂ©, sa destination et les richesses quâelle permet de crĂ©er.
Si lâendettement pouvait ĂȘtre dĂ©fendu hier au nom des actifs construits, pourquoi cette logique deviendrait-elle soudainement invalide aujourdâhui ?
Lâinstrument nâest pas le problĂšme. Son utilisation lâest.
Dans un pays profondĂ©ment sous-Ă©quipĂ©, refuser systĂ©matiquement lâendettement peut aussi avoir un coĂ»t : celui de la croissance que lâon nâa pas financĂ©e.
CENTRE FINANCIER : APPLIQUONS VOTRE PROPRE LOGIQUE
Le mĂȘme thermomĂštre pour hier et pour aujourdâhui.
Nicholas Kazadi, demande que lâon juge lâendettement du Centre financier Ă travers la valeur de lâactif construit.
Dâaccord.
Mais alors appliquons exactement le mĂȘme principe aux investissements actuels sous Doudou Fwamba.
Routes.
Ănergie.
Infrastructures productives.
Ăquipements publics.
Si lâactif justifie lâendettement dâhier, il doit pouvoir ĂȘtre pris en compte pour celui dâaujourdâhui. On ne peut pas changer de doctrine financiĂšre en changeant de fauteuil.
La cohĂ©rence exige les mĂȘmes critĂšres, quel que soit le ministre en fonction.
MATADI-KIBALA : AVANT LE PROCĂS DES SUCCESSEURS, LâAUDIT DES FONDATIONS
Qui a engagé les premiers millions et dans quelles conditions ?
Lâancien ministre explique les difficultĂ©s actuelles du projet des 1 000 logements de Matadi-Kibala principalement par ce qui sâest passĂ© aprĂšs votre dĂ©part.
Mais une question précÚde toutes les autres :
Dans quelles conditions les premiers millions ont-ils Ă©tĂ© engagĂ©s et contrĂŽlĂ©s ? Le dossier Ă©voque des interrogations sur la passation, le contrĂŽle indĂ©pendant, la certification des factures et le niveau rĂ©el dâexĂ©cution.
Avant dâexpliquer ce qui sâest mal passĂ© aprĂšs votre dĂ©part, il faut donc aussi rĂ©pondre Ă ce qui sâest passĂ© pendant votre passage.
La gouvernance dâun projet se juge dâabord Ă la soliditĂ© de ses fondations.
LA GUERRE : ELLE NâA PAS COMMENCĂ ET FINI AVEC VOTRE MANDAT
Le mĂȘme contexte doit produire la mĂȘme indulgence.
Vous demandez que votre bilan soit apprécié en tenant compte de la guerre.
Câest parfaitement lĂ©gitime.
Mais alors, soyons cohérents.
La guerre continue.
Les dépenses sécuritaires continuent.
Les contraintes budgétaires continuent.
Pourquoi le contexte qui expliquait hier certaines difficultĂ©s disparaĂźtrait-il lorsquâil sâagit dâĂ©valuer votre successeur ?
Il faut avoir lâĂ©lĂ©gance intellectuelle dâappliquer le mĂȘme contexte aux mĂȘmes situations.
La guerre ne change pas de rĂ©alitĂ© parce quâun ministre change de bureau.
DETTE INTĂRIEURE : REGARDONS LE FILM, PAS LA PHOTOGRAPHIE
La dette actuelle est aussi lâhĂ©ritage des engagements du passĂ©s.
Il est facile de regarder le niveau actuel de la dette intĂ©rieure et dâen faire porter toute la responsabilitĂ© Ă lâĂ©quipe en place.
Mais la vraie question est celle de la trajectoire.
Quelle dette avez-vous trouvée ?
Quelle dette avez-vous laissée ?
Quels titres du Trésor ont été émis sous votre gestion ?
Selon quelles procédures ?
Publions le film complet, de votre arrivĂ©e au ministĂšre jusquâĂ votre dĂ©part.
Une dette flottante nâapparaĂźt pas par magie. Les engagements dâhier deviennent les contraintes budgĂ©taires dâaujourdâhui.
Chacun doit assumer sa séquence.
CONCLUSION : LES MĂMES RĂGLES POUR TOUS !
Le débat doit porter sur les résultats, pas sur la mémoire sélective.
Monsieur lâancien Ministre,
Vous avez parfaitement le droit de dĂ©fendre votre bilan. Mais vous ne pouvez pas rĂ©clamer de la nuance pour hier et devenir alarmiste pour aujourdâhui.
Vous demandez que lâon regarde les actifs lorsquâil sâagit de votre dette.
Regardons donc les actifs aujourdâhui.
Vous demandez que lâon tienne compte de la guerre pour votre bilan.
Tenons-en compte également pour votre successeur.
Vous revendiquez la continuitĂ© de lâĂtat lorsquâune rĂ©forme a Ă©tĂ© initiĂ©e sous votre mandat.
Acceptez-la lorsquâelle est poursuivie aprĂšs votre dĂ©part.
Une politique publique ne se juge pas selon lâidentitĂ© de celui qui la porte, mais selon des critĂšres constants.
Au fond, le débat est beaucoup plus simple :
Quâavez-vous trouvĂ© ?
Quâavez-vous laissĂ© ?
Quâest-ce qui a changĂ© depuis ?
Les chiffres existent.
Laissons-les parler.








